par CCMEL – janvier 2026
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J’écris aujourd’hui pour les femmes qu’on ne croit pas,
celles à qui on dit « respirez » pendant qu’elles se noient déjà,
pour les corps féminins qu’on soupçonne avant d’écouter,
parce qu’une femme qui souffre doit toujours d’abord se justifier.
J’écris pour les douleurs qu’on psychologise,
qu’on minimise, qu’on fragilise, pour les diagnostics qu’on retarde, qu’on ajourne, qu’on méprise, parce que nos corps ne rentrent pas dans leurs statistiques lisses.
J’écris pour celles qu’on traite d’hystériques,
quand elles décrivent l’insoutenable, le toxique,
pendant que la douleur frappe, précise, brute, absolue.
J’écris pour les femmes figées, tétanisées,
pour celles qui ne crient même plus, parce qu’on leur a appris très tôt que crier ne servait à rien, surtout pas pour nous.
Les portes claquent.
Les courriers s’égarent.
Les réponses tardent.
On se renvoie la balle pendant que nos corps s’écartent.
Trop sensibles.
Trop complexes.
Trop émotionnelles.
Toujours trop femmes
pour être prises au sérieux, réellement.
J’écris parce que l’abandon médical n’est pas neutre, il est systémique, il est politique, il est genré,
et il tue à bas bruit, méthodique.
Ma douleur vaut une amputation.
Mais l’abandon médical, lui, ampute ma dignité,
ma place,
ma condition.
J’écris parce que mon visage est une preuve,
parce que ce regard fatigué accusé,
parce qu’il dit: « je suis encore là »
malgré ce système qui m’use.
J’écris pour toutes celles qu’on n’écoute pas.
J’écris pour celles qu’on fait taire.
J’écris parce que se taire, c’est consentir à disparaître.
Une femme qui parle de sa douleur n’est pas fragile.
Elle est dangereuse
pour un système qui préfère le silence.
Nos douleurs ne sont pas imaginaires.
Elles sont ignorées.
Et moi,
je n’écris pas pour émouvoir.
J’écris pour déranger.

